Les passages couverts

Plus de 50 passages couverts ont été construits à Paris, majoritairement entre 1820 et 1848.  Il s’agit d’une invention parisienne que l’Europe entière a ensuite reprise. Aujourd’hui, une vingtaine sont encore ouverts et fonctionnent toujours comme galeries commerciales. Leur fréquentation, assez souvent en berne il faut le dire, ne permet pas forcément de se rendre compte de l’importance qu’ils ont eu à leur création.

Des opérations immobilières spéculatives

Les passages sont souvent l’œuvre d’une bourgeoisie parisienne, qui s’épanouit assez bien sous la Restauration et qui se lance dans des opérations de spéculation immobilière. La galerie Vivienne, par exemple, est l’œuvre d’un notaire Maître Marchoux qui rachète plusieurs maisons et hôtels à proximité du Palais-Royal.

La carte ci-dessous répertorie les passages les plus intéressants à découvrir (majoritairement situés autour du palais Brongniart). En l’examinant en détail, on voit qu’il s’agit d’opérations assez ingénieuses. Les  parties sur rues restent dédiées aux logements tandis que la galerie rentabilise l’espace situé au centre de la parcelle. Souvent, on trouve des virages ou une alternance de parties plus ou moins larges qui permettent de s’adapter aux particularités du terrain et d’optimiser encore l’espace.

Un succès considérable

Les passages couverts remportent dès leur création un succès considérable. Il faut noter que la rue, en comparaison, est généralement peu praticable pour les piétons avant les grands travaux d’Haussmann. Les rues sont encombrées, boueuses dès qu’il pleut, rarement dotées de trottoirs, et encore plus rarement bien éclairée le soir. A côté, le passage est un havre de paix, dans lequel on va utiliser tous les progrès techniques possibles pour rendre la vie agréable au public. De grandes verrières permettent de conserver une température agréable et de faire entrer la lumière naturelle (au passage, cela met aussi les produits en valeur). Les passages sont également dotés d’un système d’éclairage par becs de gaz, bien avant que ceux-ci n’équipent les rues. Naturellement, ils vont donc être utilisés comme des raccourcis, des lieux de passage ou d’attente (avant de prendre une voiture par exemple).

Grande verrière du passage Verdeau. Photo : Julien Chatelain (Flickr) / Licence CC BY-SA 2.0

Mais leur intérêt ne s’arrête pas là. Les boutiques jouent aussi un rôle important dans le succès des passages. Elles vont être parmi les premières à proposer des articles luxueux, produits en séries et vendus à prix fixes. Ailleurs à Paris, la boutique-atelier, où l’on travaille sur commande et où l’on peut marchander le prix est encore largement dominante. Dans leur disposition, leur architecture ou leur façon de travailler, ces galeries marchandes sont d’ailleurs très semblables à nos actuels centres commerciaux.

Les passages disposent aussi de restaurants et de cafés. Ils deviennent donc des lieux de vie où l’on vient pour acheter, mais aussi pour être en société et être vu. Contrairement aux passages anglais qui sont souvent réservés à l’aristocratie, les passages parisiens sont fréquentés par toutes les classes sociales.

Café du passage des Panoramas. Photo : jmdigne (Fkr) / Licence CC BY-SA 2.0

L’esthétique

Ayant généralement pour but d’accueillir des boutiques de luxe, une grande attention a été portée à la décoration des passages. Ceux qui ont subsisté ont souvent réussi à conserver ce charme particulier.

Si l’on reprend l’exemple de la galerie Vivienne, on remarque aussi un grand souci esthétique (d’où le nom de galerie qui a souvent été préféré à celui de passage). Le décor somptueux est inspiré de l’antiquité. Pour illustrer la fonction des lieux, il reprend de nombreux symboles de la réussite (couronnes de laurier), de la richesse (cornes d’abondance) ou du commerce (caducées de Mercure). Le sol est couvert de belles mosaïques à formes géométriques. Ce style, assez répandu à l’époque, doit beaucoup aux fouilles réalisées à Pompéi à la fin du XVIIIème siècle.

Galerie Vivienne
Photo Carl Campbell / Licence CC BY-SA 2.0

Un déclin rapide

Les raisons qui avaient fait leur succès s’éteignent les unes après les autres avec les grands travaux du Second Empire.

  • La rue qui était un repoussoir devient plus pratique. Elle intègre de grands trottoirs et même des squares.
  • Le luxe, auparavant incarné par les galeries, se déplace vers d’autres lieux comme le faubourg Saint-Honoré, puis les Champs-Elysées.
  • Les boutiques se révèlent finalement mal adaptées aux nouvelles façons de faire du commerce et sont déclassées par les Grands Magasins qui ouvrent à partir de 1850.

A partir de 1848, alors qu’on construit des passages couverts partout en Europe (on en compte aujourd’hui environ 300 sur le continent), le phénomène décline rapidement dans la capitale française. Avec quelques exceptions toutefois, comme les arcades du Lido (ou des Champs-Elysées) qui ouvrent en 1925.

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